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STX : le projet de la Brittany Ferries est-il définitivement à l'eau ?

Brittany Ferries a annoncé qu'elle suspendait sa commande pour Pegasis, privant STX non seulement d'une commande mais aussi et surtout d'une magnifique référence. Comme chaque fois, les communiqués pleuvent.

Coup de blues ou coup de bluff ? Difficile de comprendre la décision de Brittany Ferries, après un développement en pointe, une recherche acharnée de financement, la compagnie maritime de Roscoff baisse pavillon : tant pis pour l'image, pour l'économie, pour l'écologie, tant pis pour les partenaires, elle se recroqueville, rentre dans sa coquille. D'un projet prestigieux elle passe à une adaptation : des filtres à fumées et modification de carburant. Mais, sans être profiler, coup de blues et  lassitude ne correspondent pas à l'image pugnace que projettent les dirigeants de la compagnie bretonne. Et si c'était du bluff ?
Après tout, il y a quelques semaines n'avaient-ils pas dit « s'il faut nous irons le faire construire ailleurs » ?
Bien sûr on savait qu'il allait falloir passser à la nouvelle réglementation, depuis 2005, (10 ans pour se mettre à la page), mais même si les délais seront dépassés, la rigidité de la règle et les pénalités qui s'annoncent sévères n'encouragent pas les armateurs qui souhaitaient se mettre aux normes. Dans le cas de Brittany ferries la pilule est d'autant plus amère que l'entreprise a participé à un développement innovant dont elle ne va pas bénéficier. Si la punition était reculée, à supposer que le financement puisse être bouclé, l'affaire pourrait être sauvée, resterait à régler le planning de construction du géant à GNL.
Ecotaxe abandonnée, autoroute des mers interrompue, projet ferry à l'eau... à se demander si l'écologie n'est qu'une utopie.

Mais la mauvaise nouvelle est parue dans le journal, alors comme à la campagne, quand une connaissance, même lointaine, meurt on assiste aux obsèques. Il faut y être vu, c'est social. Pour ce projet peut-être pas tout à fait mort justement, chacun y va donc de son commentaire, de son communiqué. Il y a ceux qui veulent encore y croire, qui en appellent au gouvernement, une fois de plus ; ceux qui jugent mais qui n'ont pas trop bataillé en amont ; ceux qui compatissent ; ceux qui sont tristes d'avoir engagé tant d'énergie pour rien ; et ceux bien plus nombreux qui voient les heures de travail espérées partir en fumée parce que le client s'est « dégonflé ».
Il suffirait pourtant, « de presque rien, peut-être deux années de moins » (de pénalités) comme aurait chanté Reggiani, pour que le grand bateau puisse être contruit. Va-t-on interdire de naviguer tous les bateaux fautifs à partir de 2015 ? Cela ne ressemble à rien de reculer sinon de mieux polluer. Politique n'est pas logique, mais pour une fois qu'économie et écologie pouvaient rimer, pourquoi mettre en panne ? Si le financement n'avait pas été réuni, la Brittany Ferries aurait-elle utilisé cet argument pour se retirer ? A-t-elle alors « presque » le financement ? Si l'État ne peut pas aider au financement direct peut-il aider à payer le surcoût dû aux pénalités sous une forme compatible avec la loi européenne, demander une dérogation ? Pourquoi la compagnie a-t-elle commandé des filtres à fumée pour trois bateaux et pas pour six ?
En clair, est-ce une fausse sortie pour ouvrir un dernier tour de négociation pour la Brittany Ferries en mobilisant un maximum de soutiens ?

 

La CARENE veut encore y croire

Lutter contre la pollution maritime est un enjeu majeur en termes de développement durable. Dans ce cadre, l’Organisation maritime Internationale a adopté en octobre 2008 l'annexe 6 de la Convention Marpol qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2015 : ce texte impose des zones d'émissions contrôlées de soufre (SECA) couvrant la Manche, la mer du Nord et la Baltique. Dans ces secteurs, l'utilisation d'un carburant dont la teneur en soufre ne sera que de 0.1% deviendra obligatoire. Cette évolution représente
un saut technologique important pour les navires à passagers. Pour y répondre deux solutions : pour ceux qui souhaitent garder les mêmes propulsions, il est nécessaire de mettre en place de systèmes de
nettoyage des gaz d'émission ; sinon, il faut passer à une propulsion au Gaz naturel liquéfié (GNL) à travers une remotorisation ou la construction d’un nouveau navire....
Concrètement, cela signifie un marché de plusieurs dizaines de ferry à rénover ou à changer… sur lequel STX France s’est très tôt positionné, fort de son expérience de construction de méthaniers à propulsion au gaz.
Mais pour que ce développement puisse aboutir, il faut construire un prototype, ce que STX France, seul, ne peut financer. Une première commande avait été passée par la SNCM, avant d’être annulée.
Aujourd’hui, il en est de même de celle de Brittany Ferries.
C’est pourquoi la CARENE appelle l’Etat à soutenir ce projet, par la voix de son Président, David Samzun, qui tient à exprimer son soutien à STX France ainsi qu’à ses salariés : « Même si l’état des carnets de commandes du constructeur naval est à ce jour plutôt encourageant et si le groupe a su,
depuis plusieurs années maintenant, diversifier ses activités, cette décision prive STX France d’une occasion de démontrer un savoir-faire unique en adéquation totale avec les attentes du marché.
C’est, quoi qu’il en soit, une mauvaise nouvelle pour l’emploi dans un contexte économique toujours aussi fragile. J’en appelle au gouvernement afin qu’il poursuive son action de redressement du pays et qu’il permette à l’industrie française de maintenir un niveau important d’innovation, seul gage de conquête de nouveaux marchés et de maintien de l’emploi ».

Marie-Odile Bouillé : « une mauvaise décision »

La députée socialiste juge sévèrement le client de STX.
« Marie-Odile Bouillé regrette vivement la décision de la Brittany Ferry de suspendre son plan de
transition énergétique, entraînant de facto l’annulation du projet Pegasis( ferry au gaz).
C’est une mauvaise décision pour la Brittany Ferry en terme de transformation écologique de sa flotte.
C’est une mauvaise nouvelle pour STX même si elle met un terme aux atermoiements de l’actionnaire de la Brittany Ferry, la SICA Saint-Pol de Léon, qui depuis l’échéance de la lettre d’intention de commande en juin, soufflait le chaud et le froid sur ses intentions, plaçant STX dans une situation embarrassante. La priorité dorénavant est de tout faire pour que cette
décision ne se traduise pas par des conséquences sur l’emploi aux chantiers ».

CFDT : relancer le projet

Pour la CFDT non plus ce n'est peut-être pas fini.
- Cette décision est regrettable, tant pour STX, qui devait construire là le démonstrateur de
son savoir-faire dans le domaine de la propulsion gaz, que pour Brittany Ferries qui ne pourra pas compter sur ce navire neuf. Des deux côtés, ce sont des emplois qui sont en jeu...
- Le financement d'un projet a priori « sans risque » majeur, n'a pu être bouclé. Il faut vraiment s'interroger pour savoir si tous les acteurs jouent bien le jeu dans une économie « réelle » dont dépendent des millions de salariés.
- La transition énergétique et le recours à des énergies plus « propres » ne devraient pas être de simples discours. Il faut aussi, derrière, des actes forts et ce projet en était un !
- Lorsque de nouvelles normes environnementales, justifiées mais fort contraignantes sont édictées, les moyens de leur mise en oeuvre devraient aussi être étudiés...
Nous appelons donc tous les acteurs à se remettre autour d'une table pour trouver une issue favorable et relancer ce projet que nous espérons seulement reporté.
Nous noterons toutefois, seul point positif, que la transformation des ferries actuels, pour mise aux normes, n'est pas remise en cause, réglementation oblige.
En conclusion, pour la CFDT, ce n'est pas terminé !

Saint-Nazaire centre droit pessimiste

« Il faut rappeler que Brittany Ferries est une société bretonne dont toute la flotte navigue sous pavillon national et qui emploie du personnel naviguant exclusivement français.
Un contrat de 270 millions d’euros pour cette seule nouvelle commande et surtout 2,6 millions d’heures de travail pour les chantiers de Saint-Nazaire viennent de tomber à l’eau.
De plus, STX vient de passer à côté d’une nouvelle opportunité de montrer son savoir-faire dans un domaine en pleine expansion qu’est la propulsion au GNL, et donc de s’ouvrir à d’autres opportunités de commandes dans ce domaine.
Nous sommes très soucieux de cette nouvelle décision prise par le Parlement Européen qui est d’obliger les navires à passer du fuel lourd au diesel. Ce dernier est 50 % plus cher à l’achat. D’autres solutions, moins onéreuses et plus écologiques, existent dont la nouvelle propulsion au GNL.
Une fois de plus nos dirigeants n’ont pas su anticiper l’impact de leurs décisions sur la trésorerie des sociétés.
Une lueur d’espoir toutefois, une aide de l’État et/ou des régions pour boucler le plan de financement de ce géant ».

Auteur : STX | 14/10/2014 | 0 commentaire
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