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"Les Borgnes" : coproduction du Fanal sur l’histoire algérienne

« Les Borgnes ou le colonialisme intérieur brut » est une pièce de Mustapha Benfodil mise en scène par Kheireddine Lardjam qui sera présentée en 2012 sur la scène du Fanal à Saint-Nazaire. Le 7 novembre prochain, Mustapha Benfodil sera présent pour rencontrer le public et parler en amont de son travail d’écriture.

« Le 5 juillet 1962, l’Algérie a quitté la France après 132 ans de colonisation. » C’est de cette phrase que part l’auteur de la pièce pour poser un regard sur l’histoire algérienne. Le 7 novembre prochain, Mustapha Benfodil sera présent au Fanal pour faire une lecture de la pièce suivie d’une conversation avec le public. Sa pièce imagine l’histoire de Samir, metteur en scène. Son problème, héréditaire : la vision. Vision opposée des choses, selon qu’il regarde avec l’œil droit ou l’œil gauche. Après avoir transmis cette étrange maladie à son unique fils, Samir se lance dans une quête personnelle à la recherche de son vrai père…
« Les Borgnes ou le colonialisme intérieur brut » explore les relations complexes entre l'Algérie et la France. Raconter la guerre d’Algérie et montrer que la diversité du sens est ce qu’on perd dans les conflits. Une vision opposée, ou inversée, qui dénonce le manichéisme qui s’installe dans les guerres.
Cette pièce se jouera pour les 50 ans de la fin de la guerre d’Algérie et sort dans une actualité brûlante sur la reconnaissance des massacres de la colonisation. Néanmoins Mustapha Benfodil ne souhaite pas passer de message et être dirigiste. Pour lui les sociétés et les peuples ont un droit de regard sur leur histoire. Quand on lui demande ce qu’il pense des soulèvements actuels sur le massacre du 17 octobre 1961, qui a été longtemps frappé d’oubli dans l’histoire franco-algérienne, il nous répond simplement « la mémoire est otage de quelques politiciens et c’est très dangereux. Il me semble assez juste de passer par une voie référendaire pour reconnaître les massacres coloniaux. On revit aujourd’hui un nationalisme primaire pour perpétuer des processus de légitimation qui ne reposent sur rien ».

Une prise de position censurée en Algérie

« Moi mon premier public c’est surtout la police. Il m’arrive même de faire de la dramaturgie au commissariat »

Cette prise de position lui vaut de ne pas être dans les petits papiers du pouvoir algérien. Mustapha nous raconte qu’il vit dans une sorte d’exil théâtral dans son propre pays. Ses pièces fonctionnent à l’étranger mais il ne peut les présenter en Algérie. « Pour faire du théâtre à Alger, il faut être dans le réseau de Madame la Ministre ». Et d’ajouter en riant « Moi mon premier public c’est surtout la police. Il m’arrive même de faire de la dramaturgie au commissariat ».
Une situation qui témoigne encore des difficultés que rencontrent les artistes dans le pays, du rapport de force qui s’insinue de façon très pernicieuse. Le pouvoir algérien prend très mal l’idée que les artistes s’expriment et a instauré une censure structurelle qui consiste à empêcher les artistes d’avoir des salles pour se représenter. Ceux qui en font la demande ont généralement un refus catégorique. Mustapha Benfodil rappelle que « la liberté est fragile et doit être à chaque fois remise en cause. »
Journaliste au quotidien El Watan, il n’a pas choisi son métier par hasard. C’est parce que c’est un métier de combat. Soutenant le mouvement des Indignés il rappelle « le totalitarisme prend forme à travers des structures capitalistiques. Quand on vit dans la précarité permanente il faut qu’il y ait un mouvement social qui secoue la planète comme les Indignés. C’est la reconquête de la dignité humaine ».

Auteur : SD | 28/10/2011 | 0 commentaire
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