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La CGT des Chantiers STX stigmatise la méthode lean

Salaire, emploi, retraite, les trois piliers des revendications de la CGT cette année lors de son congrès pour les Chantiers STX de Saint-Nazaire, qui avait lieu ce 1er octobre. Mais, au-delà des sujets habituels, l'humeur n'était pas à l’espoir mais plutôt à un triste constat. Les salariés sont à bout de souffle.

«Ça suffit, les dirigeants profitent de l'austérité» lâche le secrétaire général de la CGT des chantiers STX, Joël Cadoret, pour qui les salariés ne sont pas responsables de la crise. Pourtant, ils en paient le prix. Tension, pression, culpabilisation des salariés, les élus CGT des Chantiers STX stigmatisent des méthodes malsaines, dégradantes, «grotesques» utilisées depuis un an et demi sur le site. Les salariés sont sous pression selon Joël Cadoret, et doivent toujours en faire plus pour un salaire moindre qui est loin des 10 % de majoration souhaitée par l'organisation syndicale. «Le salaire n'a pas augmenté depuis deux ans» s'insurge-t-il. 

« Ce sont toujours eux qui trinquent», signale-t-il. L'appauvrissement des salariés n'a fait que s'accentuer avec la crise alors qu'ils peinent à payer leurs factures chaque mois.


Une tension qui s'accroît ces derniers temps avec la banalisation de la méthode organisationnelle de l'entreprise, à savoir la méthode lean. Sous ses airs de solution miracle, cette méthode s'avère des plus «perverses» selon les élus de la CGT. « Elle touche l'individu au plus profond de lui-même», renchérit Alain Georget, élu de la CGT. La méthode lean consiste à « faire miroiter plus d'autonomie au salarié sauf qu'on ne lui en donne pas les moyens. Il est responsable de ses erreurs», indique M. Cadoret. «Il faut que le salarié se débrouille, sinon c'est un minable», ajoute-t-il. Une culpabilisation du salarié qui n'a d'autres choix que celui du modèle imposé par l'entreprise.

Une formation abrutissante

Trop de formation pour peu d'information, tel pourrait être le bilan des quelque 100 à 200 heures de formation de compétence que les salariés suivent en moyenne depuis un an et demi. « C'est une formation purement idéologique», intervient Joël Cadoret. Une formation qui comporte des méthodes simplistes si l'on en juge les exemples que donnent les élus de la CGT. Comment découper un papillon en papier, ou encore comment ranger et trier son atelier en un nombre d’heures données. «C'est dégradant car on en demande beaucoup plus aux salariés», s'insurge J.Cadoret qui spécifie que « le salarié ne peut plus respirer d'une tâche à l'autre ».

Une pression à tous les niveaux

Que l'on soit ouvrier ou agent de maîtrise, la tension est palpable au sein de la STX à Saint-Nazaire. Les ouvriers, s'ils rencontrent des problèmes ou s'absentent sans raison valable s'exposent à présent à des avis disciplinaires. Les agents de maîtrise ne sont pas mieux lotis. 

« Ils subissent les comportements d'en haut et les mécontentements de leur équipe», rapporte Alain Georget. Pour autant, les agents de maîtrise n'adhèrent pas forcément aux méthodes appliquées, d'où certains niveaux de résistance. «Il y en a même un certain nombre qui pète les plombs», confie-t-il.

Il se murmure des départs de l’entreprise et même certaines démissions volontaires, à ne pas confondre avec le plan de départ volontaire institué par l’entreprise. « Certains préfèrent partir sans rien », commente avec lassitude M. Georget. Certes, les départs ne sont pas nombreux. Pour aller où ? Pourtant, les salariés ne pourront pas tenir longtemps selon le chef de la CGT. «Les salariés seront bientôt considérés comme des robots» selon Joël Cadoret.

 « C’est pour cela que l’union collective est primordiale » rappelle-t-il. La CGT signale une explosion à moyen terme suite à un rejet de l’entreprise de plus en plus grandissant chez les salariés.

Une course à la mondialisation

«La formation presse le salarié pour en tirer le maximum de rentabilité», déclare le chef de la CGT. Plus de rentabilité pour davantage de compétitivité. À l'heure de la mondialisation, il est vrai que les Chantiers vont mal, reconnaît l'ensemble des élus de la CGT. Les commandes tiendront les ouvriers en haleine jusqu'en 2012. Quant aux bureaux d'étude, l'inactivité poindra son nez dès 2011 avec son risque de chômage partiel ou encore vers une politique de départ volontaires, 168 sont effectivement partis cette année.

La contestation se fait aussi plus virulente quand il s’agit de parler de la stratégie de l’entreprise de maintenir son plan de construction à 1.5 bateau par an. Un réel plan industriel reste donc à définir selon les élus de la CGT. « Nous appartenons maintenant à un groupe global, or nous avons besoin d’avoir une politique qui concerne Saint-Nazaire », affirme Alain Georget. Certains armateurs Français n'hésitent pas à se tourner vers la Corée pour faire construire leurs bateaux à moindre coût alors même que les chantiers de Saint-Nazaire sont en souffrance, dénonce la CGT. « Il doit y avoir des coopérations avec les armateurs français », lance Joël Cadoret. « Le bassin de Saint-Nazaire est sinistré », constate-t-il.


La CGT reproche aussi à la direction de concentrer ses efforts sur les résultats alors que les locaux et ateliers des chantiers sont toujours plus vétustes. La méthode lean s'inscrit dans une volonté d'économie pour l'entreprise. «Elle est en lien avec la réorganisation de l'entreprise, avec la diminution des effectifs, et avec la réduction des coûts», alerte Joël Cadoret. Des résultats qui se traduisent par une dépression latente qui atteint les salariés. Une « souffrance sociale » selon les mots du syndicat qui sous-entend un véritable gâchis des compétences, au final.

Auteur : Estelle Caillon | 03/10/2010 | 0 commentaire
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