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Joseph le rouge

Bon pied bon œil Joseph Le Blouch et ses 83 ans dont 66 de militantisme syndical et politique.Il ne compte plus les manifestations auxquelles il a participé. Dernière en date ce mardi à Saint-Nazaire contre le plan d’austérité du gouvernement et pour la défense du pouvoir d’achat. Les idées sont arrêtées, le discours est radical et les idéaux intacts. Portrait.
Joseph
Joseph

Joseph n’a jamais loupé une seule manifestation depuis ses 14 ans et le début de sa carrière comme apprenti traceur-monteur aux Chantiers de la Loire à Nantes en 1942, sous l’occupation. «Je ne les compte plus, sinon il aurait fallu en cocher des croix sur les calendriers depuis toutes ces années. Mais j’avoue que je ne pensais pas devoir descendre encore dans la rue à mon âge. »
Son premier acte politique c’était justement à 14 ans, au tout début de son apprentissage. «J’avais bombardé à coups de patates une grande affiche de Pétain. Ça m’a valu une bonne trempe de la part de mon père ! Je ne me rendais pas compte des risques que je prenais et des conséquences si je m’étais fait attraper par une patrouille. » Puis tout de suite après la guerre Joseph prend sa carte à la CGT et au Parti Communiste «en digne héritier de mon père. » Quand on lui demande son plus grand souvenir de lutte, il répond sans hésiter la grande grève de l’été 1955 commencée au mois de juin aux Chantiers de Penhoët avant de s’étendre à Nantes au mois d’août. «C’était plus une révolte qu’une grève comme on en connaît maintenant. à l’époque on se battait pour avoir 40 francs de l’heure. Ça a été ultra-violent. J’ai été témoin du meurtre de Jean Rigolet, un jeune métallo. Un CRS, un sergent-chef je me souviens, lui a tiré dessus, en pleine tête. Deux jours plus tôt on avait saccagé la chambre patronale. En réponse ils avaient décidé de fermer les usines et même tous les cafés de Nantes ! » Un épisode qui a d’ailleurs fait l’objet, en 1982, d’un film de Jacques Demy, «Une chambre en ville » avec Richard Berry.
Mourir pour des idées
Joseph Le Blouch est resté fidèle à ses convictions. Il explique : «2 fois on m’a proposé la place de chef, mais j’ai toujours refusé. Je n’ai pas voulu trahir les copains en passant de l’autre côté de la barrière. » Il arbore aussi fièrement sa carte de retraité qui indique qu’il a cotisé 181 trimestres. «À 57 ans et demi, on m’a mis d’office à la retraite. J’ai bénéficié d’un contrat FNE (Fonds National de l’Emploi) qui permettait une mise en préretraite totale après un licenciement économique après 57 ans. Je ne l’avais pas volé. J’avais même hâte de me barrer. Les Chantiers de la Loire venaient d’être rachetés par Alsthom. Sont alors arrivés de jeunes chefs qui se croyaient tout permis. »
Joseph est aujourd’hui victime de l’amiante. Un de ses poumons est atteint. Sa maladie professionnelle a été reconnue il y a six mois par la sécurité sociale. «Quand j’ai commencé à travailler je voyais les anciens qui étaient tous essoufflés. Je ne me posais pas de question, je croyais que c’était la maladie des vieux. À cette époque-là, sans aucune protection on passait les chalumeaux sur les tôles d’amiante et on passait de la peinture antirouille qui contenait du minium de plomb. Mais les patrons, eux, savaient que ça nous bouffait de l’intérieur. Les médecins les avaient prévenus dès 1950. »

Pour Joseph, la lutte des classes est plus que jamais d’actualité, et les solutions sont de la vieille école. Il assène : «il faut nationaliser les banques, les faire contrôler par le peuple, fusiller les banquiers et les patrons voyous avec ! ».
Et 2012 ? «Aux présidentielles je vais voter Mélenchon, mais ce qui me chagrine c’est qu’à la base il est socialiste. Alors je me méfie. Les socialistes m’ont toujours trahi, de Paul Ramadier à François Mitterrand en passant par Guy Mollet. Mais bon avec le front de gauche, on ne peut pas faire autrement. Ça fait quand même un choc qu’il n’y ait pas un candidat communiste. »
À la retraite, Joseph et sa femme, décédée aujourd'hui, ont déménagé à Saint-Marc-sur-mer, dans la maison héritée de ses parents. Il coule maintenant des jours paisibles en maison de retraite à Saint- Nazaire. «Là-bas je n’ai qu’à me mettre les pieds sous la table. Je suis comme un roi. » Un roi, oui… Mais prolétaire !

Auteur : GG | 11/10/2011 | 2 commentaires
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Vos commentaires

#1 - Le 12 octobre 2011 à 11h48 par maryse baretje, Hambye
heureusement, les retraités sont là pour manifester.

nous sommes fiers de toi
#2 - Le 13 octobre 2011 à 22h00 par estanco
Longue vie Joseph !
Mais vous retrouverez plus sûrement Pierre Laurent dans un gouvernement socialiste, que Mélenchon qui a déclaré qu'il ne sera jamais ministre d'un président PS.
La politique cela devient de plus en plus compliqué.

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